Michelle Blain a fondé et dirige l’association Horizon multimédia depuis déjà 22 ans. Au départ, il s’agissait de lutter contre l’exclusion et la fracture numérique en région PACA. Progressivement, s’est ajoutée la lutte pour maîtriser l’envahissement des écrans à tous les âges, et notamment chez les bébés.
Comment est née votre association ?

Horizon Multimédia(1) est une association créée en 1996 pour mener des actions de formation et d’animation multimédia en direction de tous les publics de la région PACA. Notre objectif principal est de lutter contre l’exclusion et la fracture numérique.
Il y a 10 ans, plusieurs établissements scolaires ont commencé à constater que leurs jeunes étaient de plus en plus connectés à leurs jeux vidéo et leur smartphone. Ils nous ont contactés pour chercher des solutions. Nous avons créé un comité de pilotage avec tous les acteurs concernés : parents d’élèves, enseignants, services de santé, CAF. Depuis, nous menons auprès des jeunes des actions de sensibilisation aux impacts sur leur vie et leur santé. Parallèlement, nous formons les adultes sur le sujet des addictions aux jeux et aux écrans. De cette manière, tout le monde porte le même message dans l’ensemble de l’environnement du jeune.

Et maintenant vous vous occupez aussi des bébés ?

En effet, depuis 3 ans, nous avons eu des remontées de la part des PMI, des crèches et des pédiatres, concernant les tout-petits. Souvent, à partir de 6 mois, le smartphone et la tablette commencent à être utilisés pour les occuper pendant que l’adulte fait autre chose, les apaiser quand ils pleurent, ou les récompenser quand ils ont été sages.
Outre la question de l’écran lumineux qui peut être nocif pour les yeux des bébés, de nombreuses études montrent qu’une mauvaise utilisation des objets connectés peut interférer négativement dans leur développement, notamment lorsqu’ils visionnent des contenus non adaptés à leur âge.
La majorité des parents sont bienveillants mais « on ne naît pas parents, on le devient », comme disait Françoise Dolto. Il est donc nécessaire d’accompagner les parents sur la compréhension des besoins de l’enfant pour se développer.

Comment expliquez-vous cela ?

Aujourd’hui, la société ne supporte plus qu’un enfant pleure ou s’agite. L’adulte doit tout de suite le calmer : la plupart du temps en lui donnant un smartphone ou une tablette.
Par ailleurs, les parents sont soumis à toutes sortes d’injonctions qui leur font peur concernant les apprentissages avant 6 ans. Ils pensent que les smartphones et les tablettes vont permettre à leur bébé d’apprendre plus vite dans tous les domaines : vocabulaire, calcul mental, maîtrise de la technologie, réactivité.
D’ailleurs, les fabricants d’objets et de contenus affirment tous qu’ils s’appuient sur les préconisations des grands pédagogues et des psychologues de la petite enfance.

Comment expliquez-vous cela ?

Nous procédons toujours de la même manière : nous avons créé un comité de pilotage réunissant toutes les instances : Agence régionale de santé PACA, PMI, CAF, région PACA, professionnels de la petite enfance. Nous déterminons, ensemble, les actions à mener et les messages à transmettre.
Puis, nous agissons dans 2 directions : vers les parents et vers les professionnels qui les accompagnent au quotidien. Nous travaillons par petits groupes sur la question « c’est quoi être parents aujourd’hui ? ». L’idée est de pouvoir rassurer les parents, les accompagner dans ce nouveau défi numérique, de respecter leurs choix éducatifs tout en leur donnant les informations nécessaires pour que leurs choix soient éclairés. Il ne s’agit pas de les culpabiliser.
Nous avons ainsi accompagné plus de mille parents l’année dernière, toujours avec beaucoup de bienveillance. Car, pour la majorité d’entre eux, ils essayent de faire au mieux pour éduquer leurs enfants. Beaucoup croient sincèrement que les smartphones et les tablettes permettront de faire face aux inégalités. Ils veulent donner plus de chance à leurs enfants. Face à cela, nous essayons de leur donner les clés d’un usage raisonnable et raisonné des objets et des contenus numériques.
Les problématiques surviennent lorsque l’usage est excessif, qu’il ne permet plus l’interaction avec les adultes et qu’il nuit au développement des enfants.

(1) Site Internet : www.horizonm.fr/lassociation. Contact : 04 94 61 04 01 ou info@horizonm.fr.